• J'ai un doigt... à une main...

    A., S. et moi sommes au « A. Home » où sont hébergés plusieurs dizaines d'enfants provenant de la rue, des slums.

    Un nombre effrayant d'enfants ayant été maltraités, abandonnés, bref, livrés à eux-mêmes dans un monde impitoyable.

    Ils sont on ne peux plus chaleureux. Depuis notre arrivée, ils ne cessent de nous surprendre par leur caractère accueillant, leur visage arbore toujours le sourire et leur confère de la sorte certains traits angéliques.
    En effet, comment peut-on imaginer qu'après avoir affronté de telles horreurs, une telle absence humaniste, ils persistent confiants en l'avenir et accepte de remettre leurs destins entre les mains de ces adultes les ayant si souvent déçus.

    Cela est presque magique.

    On dirait que plus les jours passent, plus leur détermination à nous faire connaître le pays s'effarouche.
    Ils veulent nous faire partager leur culture, leur folklore autant qu'ils souhaitent découvrir les nôtres, mais comment procéder lorsque ces charmants bambins ne parlent presque pas l'anglais ... et nous encore moins le tamoul ?

    Pour tout ce qui représente les « échanges quotidiens », le problème ne se pose pas réellement : les sourires, les marques d'affection et de tendresse s'occupent de traduire nos sentiments respectifs.

    Ce sont des moments très intenses, des moments où l'émotion se traduit en frissons.

    Ici, il n'y a plus de différence raciale, et encore moins sociale.

    La joie  de vivre que dégagent ces hommes et femmes de demain est troublante, et encore plus quand on les accompagne lors de la prière du soir à laquelle ils nous permettent d'assister ... 

    Effectivement, toutes trois avons eu l'honneur d'y assister à plusieurs reprises.

    C'est un moment féerique : malgré que celle-ci soit exprimée dans leur langage maternel, bien vite nous avons la singulière impression de la comprendre comme si elle était exprimée en français.

    C'est impressionnant !

    Ils chantent aussi forts et aussi bien que si nos meilleures chorales s'étaient réunies ...

    Aucun doute ne peut subsister : ils y croient, et ont l'intime conviction que là-haut «quelqu'un » les écoute.

    Cette attitude est poignante. Bouleversante.

    Soudain, les cantiques s'interrompent ; un jeune garçon se lève ... ses compagnons s'agenouillent, l'écoutent alors que toutes trois restons muettes, stupéfaites, impressionnées et surtout émues. Aucun bruit ne se laisse entendre, juste la voix de ce jeune homme qui récite un texte à une vitesse déconcertante.

    Tous ces amis sont concentrés, et immobiles quand tout à coup nous percevons des larmes dévalant leurs joues et me retrouve de la sorte sur le point d'exploser moi-même en sanglots.

    Quel formidable exemple à nouveau pour illustrer le partage et la propagation de nos sentiments malgré notre incapacité totale de converser.

    Toutefois nous demeurons tous têtus autant les uns que les autres ; certains veulent nous apprendre leur langue locale, d'autres découvrir le français.

    Comment pourrions-nous procéder ?

    A peine ai-je terminé d'interroger mes compagnes qu'une idée me vint. Je me rappelle tout à coup une comptine apprise en maternelle et totalement imagée par des gestes : « J'ai un doigt ... à une main ... ».

    C'est donc avec empressement que j'appelle les enfants, comme dans leurs habitudes, ils accourent, se bousculent et finissent par s'asseoir en demi-cercle autour de moi.

    Impatiente, je commence à chanter tout en gesticulant ...

    Ils rient, et rient encore quand je m'interrompis afin de répéter la première phrase plus lentement, puis la deuxième et ainsi de suite jusqu'à ce qu'un écho vienne doucement s'ajouter à ma voix.

    Nous recommençons pareillement quelques fois de suite et continuons à ricaner, ils sont aussi très surpris par l'intonation de leurs paroles. Mais malheureusement, nous sommes vite contraints à nous taire, appelés pour aller souper.

    Quand le repas fut achevé, les enfants revinrent nous interpellés, nous les suivirent au rez-de-chaussée et restâmes toutes trois stupéfaites de les voir gesticuler et chanter cette fameuse comptine !

    Toutefois, l'étonnement atteint son comble à la fin de notre séjour. La surprise fut grandiose lorsque nous dûmes nous rendre en ce jour à nouveau dans ce home où les enfants nous attendaient en chantant et mimant ; et pas n'importe quelle chanson ... celle en français !


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